Bob Dylan chante "North country blues". Hommage à toutes les femmes de mineurs, d'Amérique et d'ailleurs...

May 21, 2014

 

Une video qui commémore le jour où Bob Dylan, il y a cinquante ans, imposa le silence et l'admiration du public du Festival de Newport en 1963, avec cette extraordinaire chanson qui met en scène une femme de mineur retraçant son destin malheureux.

Derrière lui, Judy Collins, Doc Watson, Clarence Ashley... semblent saisir qu'il se passe quelque chose. Le grand Pete Seeger, son idole, organisateur du festival, a tout de suite compris que ce nouveau song-writer allait bouleverser le monde de la musique et la vie de l'Amérique. Un génie sort de l'ombre, un grand poète est né.

 

North country blues possède une résonance biographique particulière.
En effet, le Nord dont il est question est celui dans lequel le jeune Robert Zimmerman a grandi : le Mesabi Range, une des principales régions minières du Nord-Est américain, réputée pour son minerai de fer, et qui devait subir les terribles conséquences de la désindustrialisation. Dans la deuxième des '11 Outlined Epitaphs', qui figurent sur la pochette de l'album, Dylan évoque ainsi Hibbing :
" [...] la ville dans laquelle j'ai grandi est celle / qui m'a légué son héritage de visions / ce n'était pas une ville riche / mes parents n'étaient pas riches / ce n'était pas une ville pauvre / car mes parents n'étaient pas pauvres / c'était une ville à l'agonie [...]". 

 

Venez autour de moi, les amis,
Je vais vous raconter une histoire
Du temps où les mines de fer regorgaient de minerai.
Mais voyez les fenêtres murées de cartons
Et les vieux assis sur les bancs,
Tout vous dit que la ville est entièrement déserte maintenant.

 

Mes enfants vivent
Dans la partie nord de la ville,
Mais moi, j'ai grandi dans la partie sud.
Dès les premières heures de mon enfance,
Ma mère est tombée malade
Et c'est mon frère qui m'a élevée.

 

Le minerai de fer coulait à flots
Et les années défilaient devant ma porte,
Et les excavatrices et les pelles mécaniques vrombissaient.
Jusqu'à ce qu'un beau jour mon frère
Ne revienne pas de la mine,
Comme mon père avant lui.

 

Pendant un long hiver d'attente,
j'ai regardé à ma fenêtre.
Mes amis n'auraient pu se montrer plus gentils.
Et j'ai arrêté l'école
Quand, au printemps, je suis partie
Pour épouser John Thomas, un mineur.

 

Ah, les années ont passé encore
Et la paie était bonne :
L'armoire à provisions était remplie en toute saison.
Mais voilà qu'avec trois enfants nés,
Le travail a été diminué
De moitié, sans aucune raison.

 

Alors bientôt le puits a fermé
Et le travail a été encore réduit,
Et le feu qui s'élevait dans l'air paraissait glacé.
Enfin un homme est venu
Pour dire que dans une semaine
Le numéro onze allait fermer.

 

Ils se plaignaient dans l'Est
De payer trop cher.
Ils disent que l'extraction de ton minerai n'est pas rentable.
Que c'est meilleur marché
Dans les villes d'Amérique du Sud
Où les mineurs travaillent pour presque rien.

 

Alors les portes de la mine fermèrent
Et le minerai de fer rouge pourrit
Et la pièce sentait fort la boisson.
Où la triste et silencieuse chanson
Faisait paraître le temps deux fois plus long
Tandis que j'attendais que le soleil plonge à l'horizon.

 

Je me tenais à la fenêtre
Pendant que lui parlait tout seul,
Le silence nouant nos langues ne faisait que croître.
Puis un matin au lever,
Je trouvai le lit vide,
Et je restai seule avec trois enfants.

 

L'été est fini,
La terre commence à refroidir,
L'un après l'autre les magasins ferment.
Dès qu'ils seront grands
Mes enfants partiront.
Car il n'y a plus rien ici pour les retenir.

 

 

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